L’éducation populaire dans toutes ses histoires
Le légendaire de l’éducation populaire la fait en général remonter à la révolution française et trouve son acte fondateur dans le rapport de Condorcet à l’Assemblée nationale de 1792 qui évoquait « l’éducation pour tous les âges ». Il faudra cependant attendre la fin du XIXè siècle pour que l’on parle d’éducation populaire. En toute rigueur historique, c’est cette date que l’on devrait retenir au moins comme point de départ de toute histoire de l’éducation populaire. Elle est d’abord histoire de ceux qui s’en réclament.
Soirée Débat
- Réforme des collectivités territoriales et conséquences sur la vie associative
Le 19 octobre à la MJC Croix Daurade avec Georges Gontcharoff
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Aux origines de l’éducation populaire
C’est donc à la fin du XIXè siècle, au début du XXè siècle que l’on peut faire démarrer l’histoire de l’éducation populaire. On peut considérer que le mouvement des Universités populaires né dans la mouvance des défenseurs du capitaine Dreyfus est dans notre pays le premier grand mouvement d’éducation populaire même si on peut lui trouver certes des antécédents dans la création de la Ligue de l’enseignement en 1866, le mouvement des Bourses du travail en 1886 et la création des cercles d’études sociales du Sillon de Marc Sangnier (1889). Cette simple évocation souligne d’emblée l’extrême diversité idéologique et sociale de l’éducation populaire. Tous ces mouvements trouveront leurs prolongements au lendemain de la Grande guerre après 1918 dans la multiplication des mouvements de jeunesse – scoutisme, auberges de jeunesses ou organisations de jeunesses liés à des partis politiques qui revendiquent tous une dimension éducative - mais aussi dans l’émergence d’une revendication de « culture populaire » tout aussi bien culture du peuple que culture pour le peuple porté par une pléiade d’associations. |
Du Front populaire au régime de Vichy
Ces expressions nouvelles furent prises en compte par le Front populaire qui cependant ne développera ni un programme pour la jeunesse ni un programme d’éducation populaire mais s’attacha plutôt à la dimension éducative des loisirs de l’enfance et de la jeunesse et dans la promotion de la culture pour le peuple. Vichy développera une politique très active d’embrigadement de la jeunesse au service de la Révolution nationale et créa les cadres administratifs de l’éducation populaire, notamment le système de l’agrément des associations. C’est également dans ce même mouvement que se développera l’expérience d’Uriage, à l’origine centre de formation de cadres de jeunesse, dont une partie des protagonistes basculera par la suite dans la résistance et fournira des dirigeants aux mouvements d’éducation populaire après guerre. |
L’âge d’or des années d’après-guerreIl faudra en fait attendre la libération et les années d’après-guerre pour voir véritablement s’imposer dans l’espace public le programme et les revendications de l’éducation populaire à travers la multiplication d’associations s’en réclamant. Se constituent alors des mouvements majeurs comme celui des Maisons de jeune et de la culture, les Francs et franches camarades (aujourd’hui Francas), Peuple et culture et un peu plus tard Léo Lagrange. Les CEMEA qui s’étaient constitués un peu plus tôt, au temps du Front populaire autour de la question de la formation des animateurs de colonies de vacances connaîtrons de nouveaux développements. C’est le temps où il faut « rendre la culture au peuple et le peuple à la culture » pour reprendre la fameuse formule de Peuple et culture. C’est le temps où l’Etat se dote d’une direction des mouvements de jeunesse et de l’éducation populaire et crée un corps prestigieux d’instructeurs d’éducation populaire, qui deviendront par la suite C.T.P (Conseillers techniques et pédagogiques) et aujourd’hui les CEPJ (Conseillers d’éducation populaire et de jeunesse). C’est aussi le temps où Jean Vilar va créer le festival d’Avignon, étroitement lié à l’expérience de l’éducation populaire comme d’ailleurs la décentralisation théâtrale. Il proclame sa volonté de faire un théâtre « élitiste pour tous ». Les mouvements qui se réclament de l’éducation populaire se voient alors de fait délégués la mise en œuvre de politiques de jeunesse avec des moyens plus ou moins importants selon la conjoncture politique. |
L’éducation populaire à l’épreuve de la V° RépubliqueLe gaullisme et la création de la Vè République bouleversent la donne avec la mise en œuvre d’une politique volontariste d’équipement du territoire et la professionnalisation de l’animation. L’éducation populaire n’en restera pas moins une composante incontournable des politiques de jeunesse et d’éducation. Celle-ci s’organise avec notamment la création au lendemain de mai 1968 du CNAJEP (Comité National des Associations de Jeunesse et d’Education Populaire). Dans les années qui suivront le projet d’éducation populaire se trouvera fortement menacé par le développement de nouveaux référentiels comme ceux de l’animation, de l’action culturelle et de l’éducation permanente puis dans les années 80 par celui de l’insertion. Les fédérations d’éducation populaire ont su cependant conserver vivant un héritage, une histoire, des pratiques, des méthodes et des valeurs au prix souvent de leur professionnalisation et de leur spécialisation. |
Actualité de l’éducation populaireAujourd’hui l’éducation populaire connaît incontestablement en France comme dans le monde une nouvelle actualité. Des mouvements venant d’autres horizons, d’autres histoires s’en réclament désormais, par exemple ATD Quart-monde ou les centres socioculturels. De nouveaux mouvements, aux profils souvent très différents, apparaissent qui s’en revendiquent également comme ATTAC, les Petits débrouillards, l’AFEV (Association fondation étudiante pour la ville), l’ANACEJ (Association nationale des conseils d’enfants et de jeunes) ou encore une partie du mouvement hip-hop et un grand nombre d’associations de quartier. Par ailleurs depuis quelques années on assiste à un intérêt nouveau de la part de collectivités territoriales pour l’éducation populaire confrontées à la fois aux impasses des politiques publiques de la culture, à la crise de l’institution scolaire et aux défis de la démocratie participative qui remet au cœur du politique accés au savoir et citoyenneté. L’éducation populaire vient trouver une nouvelle jeunesse et de nouvelles dynamiques dans l’explosion du phénomène associatif comme dans la demande croissante d’une éducation tout au long de la vie et une part plus large à l’éducation non formelle et informelle ou encore de la nécessité d’une démocratie plus proche des habitants et plus participative nourrie par la crise de la démocratie représentative. En concluant sur cette note optimiste, ne sacrifions-nous cependant pas également à une certaine mythologie de l’éducation populaire qui selon le formule de Guy Saez « nourrit volontiers sa mythologie d’espoirs déçus et de renouveaux triomphants » !
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Education Populaire ou ImpopulaireGrandes lignes d'une conférence de Dan Ferrand-Bechmann |

